Presse du coloriste Rodolphe
Coloriste: expert de la coloration des cheveux à Paris
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INTERVIEW Rodolphe : “Une couleur, c'est ce qu'une femme veut dire, ou taire”
RODOLPHE REÇOIT DANS SON APPARTEMENT PARISIEN, MAIS IL PRÉCISE HABITER CHEZ SES DEUX CHATS.
SIMPLE, DRÔLE, ACCUEILLANT, IL EST LE MÊME QUE LORSQU'IL OFFICIE CHEZ COLORÉ PAR RODOLPHE, SON SALON DU DEUXIÈME ARRONDISSEMENT.
CHEMISE IMMACULÉE, SOURIRE CONSTANT, IL OFFRE LIMAGE DE QUELQU'UN POUR QUI LES CHOSES SEMBLENT AVOIR ÉTÉ FACILES.
POURTANT, RODOLPHE N'A PAS TOUJOURS MENÉ GRAND TRAIN.
ET C'EST À SA TÉNACITÉ ET À SON TRAVAIL ACHARNÉ QU'IL DOIT LA RENOMMÉE QU'ON LUI CONNAÎT.
Être coloriste, il y a 20 ans, ce n'était pas dans l'air du temps… Pourquoi ce choix ?
Rodolphe : Je n'ai rien choisi.
Au départ, je voulais devenir peintre, par admiration pour ma grand-mère aquarelliste.
Mais elle me l'a déconseillé, m'expliquant que c'était un objectif difficile à atteindre.
En revanche, elle a ouvert une brèche : "Rodolphe, tu devrais peindre les cheveux des femmes !"
A l'époque, je ne comprenais pas ce qu'elle me suggérait.
La coloration, pour moi, c'était ma mère qui revenait du salon de coiffure avec une couleur très marquée.
Elle en changeait souvent, je ne la reconnaissais plus, j'en garde une vraie souffrance d'enfant.
J'ignorais même qu'il fallait passer par un salon de coiffure pour apprendre le métier.
De plus, je vous parle d'un temps où le coloriste était considéré comme le coiffeur raté, celui que l'on cachait dans le local technique, le clandestin du salon !
Et si je rajoute que je suis fils et petit-fils de policier, puisque c'est mon grand-père qui a fondé la Brigade du Tigre, on comprend bien que rien n'était gagné…
Comment êtes-vous parvenu à réaliser votre rêve ?
R. : Je suis parti de la maison à 17 ans, après mon bac.
J'ai payé mon école de coiffure en faisant la plonge, le soir.
Au bout de six mois, j'ai été convoqué par la directrice et je me suis entendu dire que je n'étais pas fait pour ce métier.
Elle avait raison !
Mais pour obtenir au moins un diplôme et travailler, j'ai passé mon CAP et mon BP.
Mais vous n'étiez pas découragé ?
R. : Si, complètement. Jusqu'à ce que je prenne place dans ce train à Nancy.
Sur la banquette se trouvait un Jours de France dont les pages racontaient la vie d'Alexandre de Paris.
C'est le choc de ma vie.
Je décide de travailler pour lui, et personne d'autre.
Je prends le train pour Paris, avec 28 francs en poche.
Pas assez pour une nuit d'hôtel.
J'ai dormi un mois et demi dans un hall d'hôtel et j'ai envoyé à Alexandre une lettre de candidature tous les mois.
À la onzième lettre, j'ai reçu une réponse négative très courtoise.
Mais j'ai téléphoné pour obtenir un rendez-vous avec Mademoiselle de la Verteville, sa chargée de com' de l'époque, qui m'a reçu devant un thé pour me confirmer qu'on n'avait pas besoin de moi.
J'ai alors éprouvé le soulagement de celui qui est allé au bout de sa démarche.
Je me dirige vers la sortie, et c'est alors que l'on me demande de revenir, car Monsieur Alexandre venait de me voir passer et voulait me rencontrer !
J'ai été embauché, car en passant devant un des miroirs, il avait été frappé par mon profil qui ressemblait à son ami Jean Cocteau !
L'histoire de ma vie tient à trois toutes petites secondes.
Qu'avez-vous appris chez Alexandre de Paris ?
R. : Il n'y avait pas de place pour moi.
Je regardais, j'observais, puis j'ai eu le droit de balayer.
Je ne comprenais pas leur langage, tous ces gens ne faisaient pas partie de mon monde.
Monsieur Alexandre m'a appris à regarder une femme, puis à l'écouter et enfin à lui répondre.
C'est lui qui m'a appris à comprendre les codes, à identifier les femmes introverties ou extraverties.
Une couleur, c'est ce qu'une femme veut dire ou taire.
Quels sont vos secrets de coloriste ?
R. : Ce n'est pas parce que les coloristes ont été cachés pendant des années qu'il faut en faire des Gargamel !
Mais c'est bon pour le marketing (rires).
Plus sérieusement, je crois que l'approche de la femme doit être pudique, car elle se sent en position d'infériorité.
Je créé toujours un climat d'égalité, je casse le mythe du coloriste-gourou.
J'ai besoin qu'une femme me parle d'elle, je ne me préoccupe de ses cheveux qu'en dernier lieu.
Je n'utilise jamais de jargon de coloriste, ni de photos.
Je préfère les métaphores pour évoquer telle ou telle couleur.
Par exemple le poil du chat abyssin, le pelage de l'écureuil empereur…
J'adopte ainsi un langage commun avec les femmes.
Outre votre salon et ses 17 employés, vous organisez les master class de Schwarzkopf Professional. Comment transmettez-vous votre savoir ?
R. : Par des moyens peu communs car je vais au-delà de la démarche technique.
En commençant par placer les stagiaires devant trois oeuvres : le bleu de Klein, la jeune femme au turban de Veermer et la Vénus de Milo.
Stupéfaction générale ! Mais ils apprennent ainsi l'essentiel : regarder. Et aussi à entrer dans l'histoire du tableau, c'est-à-dire, bien sûr, à entrer dans la vie d'une femme tout en restant à l'extérieur.
C'est plus essentiel que le cercle chromatique.
Les coloristes qui n'ont pas eu la chance d'être initiés se limitent en effet à faire ce qu'on leur demande.
Dans un second temps, j'invite mes stagiaires à peindre à l'aquarelle leurs couleurs fétiches.
Surprise : ils portent souvent eux-mêmes les couleurs qui apparaissent sur le papier !
Enfin, je tente de leur faire réaliser l'importance de leur place auprès des femmes en tant que coloriste : on est perçu comme des artistes et on compte pour nos clientes…
Vous considérez-vous comme un artiste ?
R. : Non. La coloration est un métier d'art, mais je ne me considère pas comme un artiste.
Dans les cheveux, il y a tout ce que vit la personne : ses joies, ses peines, c'est une partie du corps très intime qui a à voir avec le narcissisme.
C'est ce qui reflète ce que la personne veut dire d'elle, ou pas.
Une couleur dite naturelle doit devenir ce qu'est la personne.
C'est pour cette raison que c'est la plus diffcile à réaliser.
L'artiste n'a pas le même cahier des charges, je pense qu'il est plus libre parce qu'il n'est lié à personne.
Qu'est-ce qui est le plus difficile dans ce métier ?
R.: Les vacances. Sans mon métier, je m'ennuie.
Et aussi un certain côté superficiel que l'on plaque sur le métier de coloriste, ce que je peux tout à fait concevoir si on ne le connaît pas.
Ce qui est dur aussi, c'est la différence sociale, lorsque j'entends "c'est le coiffeur d'un tel", je trouve cela réducteur.
Je sais parfaitement d'où je viens, c'est pour cette raison que je n'accompagne jamais de clientes comédiennes ou renommées à des dîners.
Cette humiliation n'est pas nécessaire.
Avez-vous peur que tout s'arrête ?
R. : Paradoxalement, pas du tout. Grâce à ma passion des animaux et en particulier des chats.
J'en ai deux, ce sont mes amours. Je sais que si tout s'arrêtait demain, je me consacrerais au bénévolat pour la SPA et je serais très heureux.
Pourquoi, selon vous, si peu de coloristes sortent aujourd'hui du lot ?
R. : Parce que c'est un métier très jeune ! Avec Christophe Robin, nous sommes les pionniers, en France.
Ce sont les femmes qui nous ont mis en avant, depuis qu'elles sont devenues maîtresses de leur vie.
Avec leur couleur, elles disent aussi : je fais ce que je veux, et j'assume.
Et ce phénomène n'existait pas il y a encore 30 ans !
Propos recueillis par Florence Baumann
©2009 Coloré par Rodolphe - Salon de coiffure, de coloration et de soins des cheveux du coloriste Rodolphe - Paris